Tsar : Le bijou russe

Si vous avez un budget DVD mensuel encore non utilisé ou même si vous êtes juste un peu fauché je ne peux que vous conseiller de vous ruer sur d’acheter le film de Pavel Lounguine : Tsar. Je dois vous avouer qu’au départ, en regardant la bande annonce, j’ai plutôt pensé à un film bien guerrier, avec de grandes batailles dans les plaines du Caucase filmées à la Ridley Scott. Une musique bien russe, des costumes flamboyants, des chevaux galopant au ralenti dans la neige, un ours, un tsar fou et cerise sur le gâteau, un métropolite (évêque orthodoxe) avec une  bonne gueule qui va donner une petite couche de religion là dessus : Yahoooo ! Ça promet un grand moment de cinéma, je vais m’en mettre plein la vue ! J’ai donc couru au cinéma le plus proche (enfin presque parce qu’apparemment, tous les cinémas ne partageaient pas mon enthousiasme) pour regarder enfin ce « Gladiator » russe.

En fait, ce n’était pas tout à fait ce que j’avais imaginé… C’était encore mieux ! Le film se base sur la relation entre un tsar fou, Ivan le terrible et un chef religieux, Philippe de Moscou. Si les deux hommes semblent assez proches au départ, presque amis, au fur et à mesure que le film avance on assiste à une divergence des chemins suivis admirablement filmée. Ivan le terrible sombre progressivement dans une folie abyssale mêlant les délires mystiques et la plus grande cruauté, enivré par le pouvoir qu’il croit détenir d’un Dieu tyrannique et vengeur. Le métropolite lui, est, dès le début, un homme droit et humble qui possède un sens aigu de la vérité. On découvre par la suite qu’il est aussi un homme de prière simple et fidèle, qui manifeste de plus en plus d’attachement à sa foi et un détachement grandissant vis à vis de sa propre personne. Tsar est donc un film où le contraste entre deux personnages croît jusqu’à son paroxysme.

Pour être tout à fait franc, j’avais déjà été marqué par le film « L’Île » du même réalisateur (et même acteur principal Piotr Mamonov) et je me doutais un peu que le film n’était pas simplement une grande fresque historique et épique. Mais j’ai été vraiment surpris par la profondeur atteinte ici. On peut rester au niveau du film historique ou psychologique et trouver que le film est « brouillon » et manque de continuité avec beaucoup d’images choc pour pas grand chose. Mais on peut aussi admirer la manière dont le réalisateur met en valeur deux visions de la foi, deux manières de considérer sa propre personne, les hommes et Dieu.

Oui ce film est très russe, très tourmenté et aussi très violent (ne le regardez pas en famille en pensant voir un film « bien »…) mais je crois que ça sert d’autant plus la réflexion du spectateur qui cherche instinctivement quelque chose de stable dans ce film pour s’accrocher. Pour moi, ce point de référence est justement le personnage du métropolite qui rassemble les plus grandes qualités que peut posseder un homme  : la droiture, le courage, la bonté, la foi et finalement le sens du don de sa personne et du sacrifice. Ma première réflexion a donc été portée par ce personnage que j’ai admiré tout au long du film… (on est bien loin du héros à l’américaine, qui détruit tous les méchants d’un coup de mitrailleuse à la fin…). Je n’ai pas pu m’empêcher de penser qu’à la fin ce métropolite ressemble beaucoup au personnage présent sur les icônes de son église…

Ma deuxième réflexion concerne la foi des deux personnages et la manière de la vivre. Même si je ne suis pas un grand fan des mystiques, j’admire leur proximité avec Dieu et leur volonté de rappeler au monde telle ou telle facette du Christ. Mais les plus grands mystiques ont surtout été admirables dans leur obéissance aux autorités de l’Eglise même quand celles-ci ont été sévères et injustes avec eux. Ce film met en évidence les dangers d’un mysticisme (et plus largement d’une expression sentimentale de la foi) privé de cadres et d’accompagnement. C’est très bien mis en évidence dans ce film, où le mysticisme solitaire du tsar devient de plus en plus personnel jusqu’à devenir pure folie où il croit devenir lui même un Dieu. Sa vision solitaire fait que l’image qu’il a de Dieu ressemble de plus en plus à la sienne (cruel, vengeur…). Le métropolite, lui, est dans une logique diamétralement opposée basée sur l’obéissance à l’Eglise (il refuse sa nomination par le tsar de métropolite) et sur l’attachement à une communauté. Un bel exemple d’une foi vécue dans la communion.

Comme je ne l’ai vu qu’une fois (pour le moment), je pense qu’il y a encore bien d’autres aspects dans ce film qui peuvent être sujets à réflexion, à vous d’y réfléchir… Inutile de vous préciser que je suis sorti de la salle complètement emballé avec la figure du métropolite écrite comme un icône dans un coin de ma tête.

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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Un commentaire pour Tsar : Le bijou russe

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