Le Vatican et la communication : Mission Impossible ?

1832817_3_f563_le-pape-benoit-xvi-se-retirera-dans-la_4730bcdf59f0416ab74598b506eadccfL’actualité nous l’a confirmé, l’Eglise dans son institution a encore beaucoup de progrès à faire dans le domaine épineux de la communication. Lors de l’annonce de la mise à jour de Norma de Gravioribus Delictis, le Saint Siège a mentionné dans le même communiqué des règlements plus sévères concernant la pédophilie et d’autres traitant de sujets plus « religieux » comme la tentative d’ordination de femmes… Evidemment ça ne pouvait que provoquer encore une fois une nouvelle polémique (Koztoujours l’avait bien compris…). Heureusement, l’Eglise a eu cette fois-ci (en France du moins) quelques alliés inhabituels et insolites comme la saison estivale poussant tout le monde à la plage, l’éternel scandale-feuilleton Woerth ou encore un Tour de France bien plus palpitant qu’à l’accoutumé…

On a pu aussi compter sur des journalistes qui n’ont pas l’habitude de lire les communiqués du Vatican jusqu’au bout, les premiers mots leur étant amplement suffisants pour comprendre la politique ecclésiale ou, en tout cas, celle qui semble la plus rétrograde et moralisante. Vous comprenez bien qu’une Eglise active et humaine, ça ne passe pas très bien dans les rédactions. En résumé, on a eu chaud ! (Pour le moment…)
Après avoir bien râlé sur ces « inconscients » haut perchés de la Curie Romaine (Dieu me pardonne…) je me suis demandé s’il n’y avait pas d’autres choses à relever qu’un cuisant échec uniquement dû à l’incompétence de certains prélats dans ce dialogue compliqué entre l’Eglise et le monde.


Un des premiers éléments à souligner est le caractère dualiste de la communication. Pour communiquer il faut être au moins deux : un émetteur et un récepteur. Dans l’exemple de communication qui nous intéresse on ne peut pas dire que ce récepteur (le monde, les médias) soit des plus faciles, il fait même souvent preuve d’une certaine mauvaise foi poussée par certains à l’extrême. La plupart du temps, il s’agit plus d’une réelle incompétence en matière d’ecclésiologie que d’une volonté de nuire à la dernière institution morale. Comme le rappelait Mgr Cattenoz, archevêque d’Avignon au moment de l’affaire Williamson, dans les grandes rédactions françaises il existe des journalistes spécialistes du foot ou du rugby en grand nombre mais pas un seul pour le fait religieux… Pourtant il ne faut pas  une maîtrise de théologie pour différencier une levée d’excommunication et une réintégration.

Pour le cas de ces derniers jours, qui a expliqué que la congrégation pour la doctrine de la foi n’était pas uniquement un tribunal pour prêtres pédophiles ? Si Norma de Gravioribus Delictis et sa mise à jour donne la compétence à cette congrégation pour juger les affaires pédophiles, c’est aussi pour leur conférer une gravité sans précédent. Si ces crimes étaient autrefois traités uniquement d’un point de vue disciplinaire et humain (« gérés » par la Congrégation pour le clergé ou les diocèses) ils sont désormais traités aussi du point du vue de la foi et de la doctrine, ce qui n’est pas rien pour un catholique. Effectivement pour un anticlérical aigri, qui considère la foi et les dogmes comme une croyance et une aliénation de l’être humain, il peut paraître scandaleux de mettre dans un même document le schisme, l’hérésie et la pédophilie. Si en plus on y mentionne l’ordination des femmes, symbole de la modernité, comme une faute grave je vous laisse imaginer… Là encore, c’est le désert des explications claires en dehors des sources d’infos cathos.

Ensuite, malgré son classement en tête du concours des bourdes médiatiques, le Vatican n’a pas l’exclusivité de ce genre de pratiques. Les récents déboires de l’équipe de France de football nous l’ont bien rappelé (Le Messin avait déjà souligné la comparaison de belle manière…). Quand on voit les moyens qu’ils ont en matière de communication on peut se dire que finalement le Vatican n’est pas si nul… Dans une autre catégorie, les hommes politiques ne sont pas toujours en réussite dans ce domaine non plus même s’ils se sont bien améliorés en général. Notre Sarko national n’est pas le dernier à se faire remarquer par ses « dérapages » peu contrôlés, aidé, il est vrai, par des médias à l’affût. En résumé, le Vatican fait des bourdes, certes, mais c’est le risque de tout communicateur important.

Enfin, l’Eglise a réalisé et réalise encore des campagnes de communication efficaces et dignes d’êtres montrées en exemples. Pensez aux JMJ et à leur impact médiatique grandissant. Il y a bien sûr une partie du succès qui réside dans l’implication communicationnelle des participants et dans l’aspect exceptionnel de l’évènement. Mais on ne peut pas laisser de côté la communication institutionelle développée par l’Eglise à cette occasion qui est très souvent efficace et audible. Souvenez-vous, les vieux, de 1997 et des affiches avec des paroles d’Evangile dans le métro parisien, c’était plutôt class non ? En dehors des JMJ, il y a aussi la dernière campagne de l’Ouest pour le denier de l’Eglise particulièrement originale et dynamique (pour plus de détails foncez chez Edmond Prochain). Cette liste est loin d’être exhaustive et ne concerne que notre bonne vieille Eglise de France, partout dans le monde des initiatives de communication sont prises par des laïcs, des paroisses et des diocèses de manière très efficace (Si vous en doutez faites un petit voyage aux Etats Unis ou au Brésil…). Il reste maintenant à impliquer ce formidable vivier dans la communication des instances dirigeantes de Rome. Et là c’est le drame il faut du temps et de la volonté. On ne change pas en quelques semaines une institution avec 2000 ans d’expérience et une sagesse qui la pousse à toujours prendre le temps des décisions. Patience et prière seront donc les meilleures alliées des catholiques. Alors maintenant, au lieu de soupirer (comme je le fais) à chaque nouvelle « gaffe » soyons des supporters de la curie pour ce marathon de la mutation. Si, si on y croit !

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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6 commentaires pour Le Vatican et la communication : Mission Impossible ?

  1. unouveaucompte dit :

    je suis assez d’accord avec votre analyse

    mais raréfier la parole « jusqu’au boutisme » du Vatican pèse sur l’efficacité des évènements

  2. unouveaucompte dit :

    il y a un décalage entre les festivités JMJ ou voyages du Pape, pendant lesquels le Pape parle, « communie » avec les gens, et une fois revenu à Rome le Pape devient muet, ne réagit pas, ne se prononce pas… c’est une forme de communication de ne rien dire – et celle-ci est aussi volontaire, réfléchie… les fidèles attendent toutefois des informations, des précisions sur des sujets sensibles mais aussi sur l’avenir….
    mais nous n’entendons peu de choses…

  3. legambrinus dit :

    Je pense qu’il s’agit surtout d’un désintéressement total des médias nationaux pour l’actualité religieuse catholique lorque celle-ci n’est pas de l’ordre du scandale ou de la polémique. De nombreuses sources travaillent pourtant depuis Rome et sont particulièrement détaillées dans leurs nouvelles (je pense à i-médias, Zenit ou le Catholic News Service par exemple). Radio Vatican ou le Centre de Télévision du Vatican ne sont repris par les médias principaux que très rarement alors qu’ils sont reconnus pour leur professionalisme par beaucoup de groupements internationaux. Il y a sans doute dans nos médias une idéologie laïque dominante couplée à une grande exigence économique… Et l’actualité catholique c’est pas toujours très vendeur !

  4. unouveaucompte dit :

    ceci est de la faute du Vatican – communiquer sur du grandiose en fort décalage avec la réalité du terrain – des églises sans prêtres – et se taire sur tous les sujets…
    il est nécessaire de s’adapter à d’autres formes car les « moins vieux » ont besoin d’autre chose, d’autres supports.. autres que KTO tv :))
    et se pose donc la question de l’information (savoir) et de la communication (faire connaître)… y’a du boulot!

  5. legambrinus dit :

    qu’il faille proposer d’autres supports de communication, je suis bien d’accord avec vous… Sur le fond, on n’imagine pas la diversité des enseignements de l’Eglise qui ne traite pas que de choses « grandioses » que j’appellerai plutôt divines. Je vous invite par exemple à lire les questions réponses de la veillée de clotûre de l’année sacerdotale (ici) c’était quand même bien concret !
    Etant moi même un « moins vieux », je trouve que le message de l’Eglise, si exigeant soit-il, est le seul qui propose une espérance et une stabilité. Tant mieux si le Pape ne cède pas aux sirènes d’un monde (médiatique en tout cas) qui ne sait souvent que renier son passé et assombrir lui même son futur. On peut penser qu’il est souvent hors sujet sur certaines difficultés mais je pense qu’il prend simplement de la hauteur et les placent dans un autre contexte bien différent il est vrai de celui de l’efficacité humaine immédiate. D’où une certaine incompréhension, c’est peut être à nous de faire la traduction quelquefois…

  6. Deux trois remarques en passant, sans prendre le temps d’y penser mais pour discuter :
    – n’étant pas complètement éloigné du secteur de la communication, je m’en suis toujours tenu à une règle stricte : quand le message ne passe pas, la faute (professionnelle) en revient à l’émetteur. Il doit anticiper que le récepteur sera au choix 1/malveillant 2/incompétent. Règle de base de tout communicant. Malgré cela, il faut voir quelle est la cible de communication du Vatican ? Les fidèles ? Ou l’ensemble du public ?
    – la fin de ton texte me convient. Il colle à tous les préceptes qu’on voit partout (mais si, « les 10 règles du marketing 2.0 », « les 15 fautes commerciales sur Facebook » et tous ces trucs de gourous autoproclamés qui vous collent sur Twitter) et qui ne sont que du bon sens : en matière réputation, les « parties prenantes » sont fondamentales. Ce sont les ambassadeurs de la marque.
    Et en l’occurrence, les ambassadeurs, c’est nous.

    @ l’hôte de ces lieux : Concernant ton premier commentaire, nous sommes d’accord : les médias travaillent aux scandales et aux mauvaises nouvelles. Les bonnes ne rapportent pas autant. Mais ça, c’est le lot de tout le monde (demandez aux gouvernements 😉

    PS : par une telle chaleur, le thème de ton blog relève de la torture mentale…

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