Le Gouffre ou l’Espérance

« Ca va mal ma petite dame !

– Oh ça oui alors et ça va pas s’arranger hein ? Avec tout ce qu’on voit à la télé…

-Pour sûr, c’est plus ce que c’était. »

Voilà ce qu’on entend à longueur de journée dans la rue, le métro ou même dans les pubs. Alors qu’un tel discours chez deux ou trois personnes âgées un peu aigries nous aurait fourni l’occasion d’une petite plaisanterie, on l’entend maintenant dans toutes les tranches d’âge de la société, même si c’est souvent dans une forme moins caricaturale. Aujourd’hui, l’optimisme est dépassé, il est de bon ton en France de se plaindre sans arrêt (ce n’est pas nouveau ça…) et surtout de se complaire dans un discours profondément négatif sur l’avenir. Au point qu’on en est rendu à chercher avec insistance dans chaque bonne nouvelle un élément négatif pour la faire rentrer dans le moule des informations normales, c’est à dire lugubres.

La différence qui s’opère avec la génération de nos grands parents c’est sans doute le rejet massif de tout notre passé. Ils avaient des héros historiques, nous n’avons plus que des tyrans. Ce qui faisait leur fierté est maintenant dissimulé sous la lourde chape de la honte et de la condamnation unanime. En 2005, par exemple,  toute l’Europe des fanas d’histoire a  célébré, à grand renfort de reconstitutions, la bataille d’Austerlitz. Toute ? Non. Seul le pays vainqueur n’était pas représenté. Ne parlons pas des colonies, de Charlemagne ou des Rois de France, tout ça n’est que désastres, guerres et famines, c’est évident… Je ne suis pas de ceux qui font de l’histoire de France un récit mythologique glorieux, lumineux et sans tâche, bien au contraire, mais pourquoi cacher la réalité objective et surtout empêcher les historiens de la découvrir par des lois idéologiques? Au nom d’une fausse compassion pour le monde, l’Histoire de France ne devient qu’un amas de crimes et de massacres… La seule page « glorieuse » reste la révolution française, voire parfois mai 68. Bonjour les références !

On se retrouve sur un chemin où le futur est sombre et le passé éteint. Je vous laisse imaginer dans quel état est le présent… Le problème c’est qu’il faut avancer : le temps, impitoyable bourreau, nous y oblige. Alors on cherche à s’éclairer avec des bouts de bougies sans mèches ou des lampes sans piles. On consulte des voyants, disponibles à la pelle sur Internet, à la télé ou dans la moindre revue, on lit son horoscope qui pointe le bout de son nez en résumé dans chaque journal voire même en version « roman » dans les revues de l’été. A voir le développement des publicités dans ce domaine, c’est un marché qui ne connaît pas la crise ou qui plutôt s’en sert très bien. Je suis persuadé qu’en plus, quand l’horoscope ou le voyant annonce que l’on va trouver le grand amour et que l’on sera riche, tout le monde prend ça pour de l’arnaque. Aujourd’hui, le medium a plutôt intérêt à raconter que l’on va divorcer après 3 ans de mariage et que l’on deviendra chômeur à 40. Il y en a même qui doivent prédire une retraite incomplète à 70 ans, mais ça c’est les meilleurs. Dans un monde où la liberté est élevée au rang de valeur suprême, on se rue sur la personne ou le papier qui nous dira ce que la vie ou le destin a décidé pour nous. Pas mal non ?

L’autre solution pour avancer dans le noir, c’est la béquille tordue ou le bâton vermoulu. Je veux parler des assurances. Il faut s’assurer contre tout même contre les assurances elles-mêmes, présenter des garants bien garantis, supprimer le camembert au lait cru parce que ça peut rendre les japonais malades, euh… je dérive un peu là… je voulais parler bien sûr de notre beau principe de précaution. Bref, le risque ne se prend plus, il s’achète. Mais quand, malgré tout ça, une catastrophe arrive on se pourquoi Monsieur MAFF n’a pas réussi à repousser la tempête ou à boire toute l’eau des inondations. L’Assurance permet tout, même l’absurde. Je ne remets pas en cause le principe des assurances, c’est la dépendance engendrée qui me semble excessive.

Ce chemin sombre n’a guère d’issue si ce n’est celui du gouffre qui se présentera un jour sous une forme ou une autre. A force d’avancer les yeux fermés, l’esprit rivé sur des fantasmes, on tombe. Quand le temps n’est que l’attente de la fin du monde, la vie, fondée uniquement sur l’immédiateté, est bien fade voire terrifiante quand il s’agit de penser à l’avenir.

Mais voilà, quelques cinglés ont encore un trésor : l’Espérance (oui oui comme dans la chanson… elle était facile). C’est à la fois rien et tout. Rien parce qu’une volonté seule ne pourrait changer la face du monde (si, il y en a bien Une mais elle est quand même un peu spéciale). Tout, parce que l’Espérance possède la qualité d’être fortement contagieuse, quelques foyers ça et là permettent de développer une pandémie planétaire. Elle a en plus des effets secondaires intéressants : la joie, la confiance mais aussi l’engagement et la charité (certains l’appelleront l’Amour pour éviter le côté théologal).

Cela ne va pas bien sûr sans efforts et sans actions concrètes. Pour celui qui espère, le futur n’est pas à venir, il se construit maintenant. Dans « Tactique du diable » de C.S ; Lewis, (que je recommande vivement au passage), le vieux démon explique à son jeune protégé que le temps de Dieu est le présent tandis que celui du diable est celui du futur, lieu des rêves et des projets sans moyens qui conduit tout droit à l’oisiveté. L’Espérance vraie se fonde sur du concret, des faits et de la raison. Il ne s’agit pas d’un rêve ou d’un optimisme béat. Elle ouvre les yeux, éclaire et relève.

Pour les Chrétiens, l’Espérance a un nom : Dieu. Parce qu’au bout du chemin, au lieu de voir le gouffre, ils lèvent les yeux vers le ciel.

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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Un commentaire pour Le Gouffre ou l’Espérance

  1. do dit :

    ça peut venir de l’Education Nationale qui a été fondée (enfin, l’école publique) pour faire entrer dans le crâne de ces fils de paysans arriérés que la monarchie et l’Eglise c’était le Mal et que la République c’était le Bien, histoire de rendre stable la république en France (ce qui n’était pas forcément un mal, cela dit).

    Alors l’histoire n’a été construite qu’autour des « rois fainéants », de la stupidité de Louis XVI qui jouait à démonter des serrures (en fait, les serrures servaient à garder ce qu’on avait de plus précieux, et du point de vue technique, ça correspondait à l’Ipad de l’époque: ça prouvait plutôt qu’il était très intelligent) etc…

    Pas étonnant qu’on ait du mal à aimer notre pays après combien d’années à ressasser tout ça.

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