Dernières Nouvelles (bières) d’Alsace

Il est d’usage, aux alentours de la rentrée, de raconter à son entourage ou à ses collègues, ses vacances d’été. Récits qu’on aime romancer ou en tout cas agrémenter de quelques péripéties tout droit sorties de son imagination au point que l’expression « vacances de rêve » devient un pléonasme. C’est comme si cette narration pouvait prolonger encore un peu ces temps bénis où les soucis et les préoccupations  de la « vraie » vie nous semblaient si lointaines. Alors, bien loin des débats animés et des polémiques enflammées, je reviens sur quelques évènements  de la période strasbourgeoise de mes vacances. Ma vie privée n’intéressant que Mark Zuckerberg, j’ai décidé de vous conter seulement mes dernières découvertes brassicoles dans cette belle région qu’est l’Alsace.

Ce qui frappe la première fois qu’on rentre dans certains pubs ou restaurants à Strasbourg c’est la taille de la carte de bières… belges. Je n’ai pas eu le temps d’en tester beaucoup mais en visant des enseignes aux noms explicites ou chaudement recommandées par des autochtones, je pensais voir apparaître une multitude de noms au parfum exotique, difficilement prononçables mais très prometteurs pour mon palais insatiable. Peut-être une exception avec la Fischer Réserve Ambrée, et sa jolie couleur orangée cristalline, que l’on retrouve fréquemment sur les cartes à la rubrique « Alsace » aux côtés des effroyables Kro, Desperados et Adelscott. La brasserie Fischer, même si elle a fermé il y a quelques temps, est toujours bien présente en Alsace… Une bière au goût plutôt affirmé pour une industrielle avec quelques traits d’agrumes mais très aqueuse malheureusement.  Je pense que je préfère même la Fischer blonde que l’on trouve dans la France entière contrairement à sa petite sœur ambrée. Heureusement des vins succulents et abordables ont largement calmé mon désarroi premier et mes efforts ont quand même été récompensés le dernier soir où j’ai pu trouver quelques bières bien plus artisanales et en pression s’il vous plaît !

Un soir, au détour d’une charmante ruelle du vieux centre ville et non loin de l’impasse de la  bière, je tombe sur une bien belle boutique à la vitrine aguicheuse. Entre autres trésors belges, britanniques et allemands, un rayon bien fourni de bières artisanales alsaciennes attire mon attention. J’opte (presqu’) au hasard pour une Bière Brune de chez Uberach (étiquette rustique donc grande probabilité de bière intéressante…) et une surprenante Bière au pain d’épices brassée par la brasserie Saint Pierre pour une célèbre boutique de Pain d’épice : Fortwenger. Vendeur sympa, on reviendra.

Ouverture du feu avec la bière brune en apéro. Un belle couleur « café allongé », une mousse furtive plutôt dans les tons d’un café au lait très léger et un nez qui fleure bon la torréfaction, sans aucun doute on a affaire à une brune sympa. Rien de très original en bouche, on reste sur du café assez doux, plus porté sur les céréales bien grillées et le caramel que sur le côté amer et houblonné que l’on retrouve chez d’autres brunes comme la Moinette brune par exemple. Alors bien sûr n’allez pas chercher du « corps » et un haut degré d’alcool, ici on ne dépasse que très rarement les 6° (5,8° ici). Une brune assez légère qui change des grandes bières brunes « d’hiver » mais qui passerait très bien en bière d’accompagnement d’une salade en été ou même avec un barbecue (sans merguez ou choses trop épicées).

Ensuite, avec un bon Kougelhopf, ouverture de la Fortwenger au pain d’épices.  Une bière orange sombre avec une mousse beige clair assez épaisse qui se dissipe rapidement. Au nez on se rend compte assez rapidement de la présence d’épices dans la bière (surtout canelle et clou de girofle) mais pas plus que dans une bière de noël « classique ». L’impression se confirme en bouche avec une bière agréable et équilibrée mais pas vraiment épicée, si ce n’est en arrière bouche de manière très légère. Je suis sans doute un peu déformé par les bières de Noël belges souvent assez épicées, mais le nom de cette bière m’a plutôt semblé être un bel argument marketing. Ceci-dit, elle reste très bonne et particulièrement riche au nez et en bouche par rapport aux autres bières de cette région. Finalement pas très adaptée en dessert, je la mettrais plutôt en apéritif avec des amuses bouches un peu épicés ou au goût prononcé.

Le lendemain, retour dans la boutique pour ramener quelques « souvenirs », mon choix se porte sur une autre bière de la brasserie Uberach répondant au doux nom de Juliette ; bière que je retrouve en pression le soir dans un sympathique petit bar de la petite France.  Tenté par une comparaison future avec sa version bouteille, je m’empare avec délectation du verre bien rempli que me tend la serveuse. C’est doré, très limpide avec une mousse bien blanche qui tient quand même mieux que les deux précédentes. Mon nez s’avance au dessus du verre et là… Bing, une odeur de rose ! Oui oui ! vous avez bien lu ! (non je n’étais pas en état d’ébriété…) Un parfum plus que franc, sucré et un peu acide. Pas désagréable au demeurant pour un savon mais quand même très spécial pour une bière… J’imagine dès lors un goût saturé par le sucre plutôt acide et un bel arôme de rose bien chimique pour compléter…  Le célèbre mot d’un maréchal napoléonien s’est affiché dans mon esprit de manière quasi automatique en imaginant ce que mon palais aurait à supporter. Je me décide tout de même à plonger mes lèvres dans cet étrange breuvage et là re-surprise, quelque chose de très léger se révèle sous mes papilles ébahies : pas une trace de sucre, un peu d’acidité et une amertume légère mais bien présente en fin de bouche. Une semaine plus tard, la dégustation en bouteille a rendu le même verdict. En résumé, bon voire très bon ! Une expérience en tout cas très originale voire extrême en ce qui concerne le contraste parfum/goût. Pour les aventuriers de la bière, c’est un sommet. A déguster bien fraîche au cœur d’une chaude après-midi d’été ou avec un sorbet en dessert.

Pas déçu du voyage en tout cas, de belles découvertes au pays des bières certes légères mais parfois pleines de surprises comme on aime en faire dans cette belle région aux touristes de passage…

NB : Il me reste encore un « souvenir » à déguster, j’en réserve une bouteille au premier lecteur qui vient la boire avec moi ! Recette de 1930, un « must » selon mon ami vendeur…

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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9 commentaires pour Dernières Nouvelles (bières) d’Alsace

  1. Emmanuel dit :

    Je ne sais pas si je serai le premier à passer mais j’implore l’honneur de voir cette bouteille patienter jusqu’à mon retour dans le Grand Nord…

  2. J’espère que personne n’ira à Lille avant les EGC alors !

  3. Skeepy dit :

    Moi moi moi ! (cf. Le NB)…

    Admirable article : je croyais moi aussi que l’Alsace ne produisait que de la Fischer et de la Kro… il faudra me donner les adresses, car je passe par Strasbourg de manière annuelle…

    Merci en tous cas pour tous ces nouveaux noms de bière 😉

  4. Cécile dit :

    c’est pas juste pour les sudistes ça …… bien obligé de se rabattre sur l’attente de l’article 😉

  5. legambrinus dit :

    Devant la déferlante de dégustateurs potentiels, je garantis à chacun d’entre vous une bonne bière lors de votre visite. Par contre, l’alsacienne sera pour le premier…

  6. JC dit :

    Autrefois en Alsace (enfin, il y a 10 ans), on trouvait la Schutzenberger, une bière locale excellente. Il y a encore la Meteor, dernière bière indépendante il me semble. Mais ce n’est plus vraiment ce que c’était !

    • legambrinus dit :

      J’ai déjà entendu ce nom quelque part en ce qui concerne la Shutz… Vu la page wikipédia, il y avait du potentiel dégustation dans cette brasserie dommage…
      Pour la Météor, je n’ai pu goûter que la version « industrielle » et comme je le craignais on a une belle « pils » tout ce qu’il y a de plus banal, mais bon, en cas de match à la télé, de grosse chaleur ou les deux, elle se boit… 🙂

  7. L'Alsacien dit :

    La bière d’Alsace est toujour une des bières très prisée dans le monde entier !! 🙂

  8. Maxime dit :

    Kro : brassée à Sélestat, Alsace.
    Kronenbourg : orthographe allemande du quartier strasbourgeoisois de « Cronenbourg » ou se trouvait autrefois la brasserie.
    Deperados : création de la brasserie Fischer, Schiltigheim, banlieue de Strasbourg, proche de Cronenbourg. Ok, rachetée et complètement intégrée à Heineken entre temps.
    Adelscott idem.

    Ceci explique cela pour l’introduction 🙂

    Pour le reste, tu as finis par trouver les bonnes brasseries artisanales autour de chez moi et du Kochersberg, (la région agricole productrice, entre autres, du houblon d’Alsace), à savoir St Pierre et Uberach… Dommage que tu n’ai pu gouter toute leurs gammes (certaines moyennes, d’autres exceptionnelles comme la Juliette). Et Meteor…

    Meteor produit une gamme assez large, et notamment 2 bières assez communes : la lager et la pils. Souvent on les confonds, mais on ne devrait pas ! La « lager », la plus commune (très présente en pressions dans les cafés en Alsace, ou en packs de 24), rien d’intéressant, une lager toute commune.. Mais la pils (en bouteille de 75cl consignés ou packs de 6, quelquefois aussi en pression) est très houblonnée, et vaux vraiment le détour ! (pour une bière de grande consommation). Ils produisent également d’autres bières, notamment la gamme Wendelinus, concurrence directe à Leffe dont la blonde se démarque un peu sans être exceptionelle.

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