Des Hommes oui, des Dieux moins

Avant-Propos : Je vous conseille vivement d’aller voir le film AVANT de lire la suite. Ceci étant dit…

22h15 : Dans la salle de cinéma, un grand silence règne, l’écran vient d’annoncer en lettres blanches que les moines de Tibérine sont morts. Le temps est comme suspendu. Les gens malgré le générique qui commence accompagné par le chant des moines, ne semblent ne pas vouloir quitter leur siège. J’observe, assez incrédule, cette scène surprenante. Effectivement c’était beau, je dirais même grandiose mais voilà, mon esprit est déjà ailleurs. Instinctivement, il est déjà à la recherche de ce qui ne va pas dans ce film. Sacré esprit de contradiction et d’indépendance qui ne me lâche jamais… Là où, parfois, mon radar impitoyable est resté muet, laissant alors toute la place à mon admiration, il s’est cette fois-ci allumé par endroits, dessinant déjà l’esquisse de mes critiques. Prévoyant souvent l’unanimité des réactions catholiques pour un film, j’ai toujours envie de me démarquer, de penser différemment et certains films savent bien me remettre à ma juste place, critique parmi les critiques ou admiratif parmi les admiratifs. Mais là, il n’y est pas parvenu, dommage…

Commençons cependant par le positif, car il y en a dans ce film, et pas en petite quantité… Les images sont magnifiques,  les chants sobres et beaux mais par dessus tout il y a deux personnages : frère Luc joué par un Michael Lonsdale impressionnant et le vieux frère Amédée discret et humain avec son regard de vieux sage. Je ne m’étendrai pas sur le premier, déjà adulé et qui force vraiment l’admiration ; le second m’a presque plus marqué par son silence et ses propos toujours sobres et sans fioritures. Comme par hasard, le réalisateur (ou est-ce historique ?) les a mis ensemble dans le travail de l’infirmerie. Je les aurais croisés dans un monastère que je les aurais trouvés à leur place, Lonsdale ne se démarquant des autres moines que par sa grande taille… Tout m’a semblé juste dans leurs interventions ou leurs scènes (le dialogue avec la jeune fille et l’entretien avec le prieur sont pour moi les deux sommets du film) le tout avec une profondeur incroyable. Je garde encore en tête le sourire et le regard du frère Amédée simple et si vrai. Enfin, les paroles du « vrai » père Christian sont magnifiques,  bien choisies et placées judicieusement.

Mais voilà, le film ne se résume pas à ces deux personnages. Les autres acteurs sont bons, très bons mais peut être même trop bons… Leur talent pour exprimer le sentiment qui les habite est indéniable et la manière de les filmer relève d’un réalisateur hors pair. Mais, hormis mes deux « étoiles » j’ai eu beaucoup de mal à y voir des moines, des hommes de Dieu. Le sentiment est là, impressionnant, fort, superbement représenté mais la profondeur de la foi d’un moine, la simplicité abyssale de l’amour divin vécu au quotidien, je ne les ai pas trouvées. Lambert Wilson (Père Christian) et Olivier Rabourdin (Père Christophe) ont des expressions fantastiques mais ils n’ont pas ce regard qui dit Dieu malgré les sentiments qui fusent. Au lieu d’avoir des hommes de paix et de silence on a l’impression d’avoir des moines qui vivent avec un assourdissant vacarme intérieur. Ce n’est plus du combat spirituel, c’est de la torture intellectuelle. Je ne peux sûrement pas reprocher tout cela à un réalisateur non chrétien qui est vraiment dans ce film au sommet de son art, il montre magnifiquement  son regard sur le drame de Tibérine. Le versant humain est une réussite complète, celui de la foi est bien plus pauvre…

J’attends sans doute énormément (voire trop ?) d’un film qu’on m’a annoncé comme religieux, profond, poussant à la prière comme le dit si bien ce cher Edmond Prochain. Un film de la sorte, ça doit me retourner, me mettre en face de mes réalités comme a su si bien le faire « Tsar » de Pavel Lounguine. Mais là, sans Luc et Amédée, c’est du joli sentimentalisme qui me chatouille le coeur en faisant vibrer ma corde sensible. Je suis sans doute un peu dur, mais c’est exactement ce que j’ai ressenti après la fameuse scène du vin. C’est encore une fois admirablement bien joué, mais c’est terriblement sentimental avec une musique à faire pleurer un menhir, une allusion à la Cène beaucoup trop évidente pour être crédible. L’idée de cette évolution des sentiments par le goût est géniale (vous pensez bien que ça m’a plu) mais la musique dramatique et les larmes c’est vraiment trop pour moi, désolé. La dernière scène, avec la montée dans la neige a pour moi bien plus de valeur, là on a du profond, du non-dit qui parle tellement et pourquoi pas une invitation à la prière et la contemplation. Mais c’est déjà la fin et le sentimentalisme m’a achevé…

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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10 commentaires pour Des Hommes oui, des Dieux moins

  1. Mon loulou,
    Tu penses bien : c’est pas parce que tu me fais l’amitié de me linker que je vais d’emblée être d’accord avec toi… (Niark niark, ai-je même envie d’ajouter.)
    Pourtant, je comprends un peu ton sentiment. Pour deux raisons, qui sont d’ailleurs les tiennes : Lambert Wilson et Olivier Rabourdin. Le premier est trop emprunté, notamment quand il chante ou joue des moments de liturgie (sa messe, je n’y ai pas cru, hélas, si ce n’est par un effort de ma volonté pour « rester » dans le film). Le second, j’ai eu plus de mal avec lui au début du film… il y avait un « presque rien » dans son jeu qui ne sonnait pas juste, à mes yeux. Sauf que ça s’est nettement amélioré par la suite.
    Après, de la torture intellectuelle, je ne pense pas. N’oublions pas que l’objet de tous ces tourments est unique : c’est la peur de la mort ! Et ça n’a rien de l’état normal d’un moine. Sans compter que c’est assez subtilement montré ; ça ne se traduit pas par des débordements (sauf chez Frère Christophe) mais plutôt par de petites fêlures successives. Et c’est là que se révèle leur profondeur et la sérénité de leur vie : même leur peur est lente… et sourde…
    N’oublie pas que le Christ lui-même a gémi a Gethsémani. A mes yeux, leurs angoisses ressemblaient beaucoup à celle-là.
    Voilà pourquoi j’aime Des hommes et des dieux.

    • legambrinus dit :

      Mon cher Edmond, mon expression écrite a sans doute bien des défaillances et ma « torture intellectuelle » est peut-être maladroite. La peur de la mort et l’angoisse sont effectivement très humaines et les moines restent des hommes c’est clair. Mais je n’ai pas vraiment eu l’impression de voir chez les deux personnages qui nous intéressent une angoisse profonde mêlant l’humain au spirituel comme j’imagine celle du Christ, exprimée dans son corps mais bien plus terrible encore dans le coeur de celui qui porte le poids de nos péchés. Dans le film, il y avait de la peur et de l’angoisse certes mais que je n’ai pas vu son aspect spirituel sans doute caché par des sentiments trop démonstratifs pour moi. La peur et l’angoisse impressionnante et profonde je les ai plutôt retrouvées dans la scène où Lonsdale embrasse la représentation du Christ, j’y ai entendu résonner en moi le « non pas ce que je veux mais ce que tu veux ».
      C’est peut être ça qui me fait d’ailleurs une étrange impression sur ce film, ébloui par Frère Luc et Frère Amédée, les autres m’ont semblé être dans l’ombre. Le contraste était trop grand pour moi.

      • Anne-Marie dit :

        Legambrinus a de sérieuses difficultés avec la grammaire.
        Il n’a jamais été à l’école? Il ne sait pas ce que sont des accords de participes passés? Excusez moi si ça ne fait pas partie de la critique de film mais cela me met hors de moi. Bon Dieu! Mais plus personne ne fait l’effort d’écrire correctement! Quand on n’est pas sur de son écriture, on se fait corriger.

      • legambrinus dit :

        Merci pour vos corrections, je ne suis effectivement pas un génie grammatical…
        Puis-je vous suggérer de me le faire remarquer plus aimablement la prochaine fois ? 🙂

    • ignace dit :

      Anne Marie : on dit « sur » ou « sûr », dans ce cas. Je ne suis plus sûr et je demande à une experte…

  2. Ping : Revue de Blog : « Des hommes et des Dieux  et le lapin bleu « Lemessin

  3. Ping : Cygnes par milliers « Baroque et fatigué

  4. NM dit :

    Bon, comme cela je me sens moins seul… Je n’ai rien contre le sentimentalisme et la réponse de Baroque me convainc assez. Il reste que j’ai trouvé cette scène simplement ridicule et même pas sentimentale. Pour la messe de Lambert, je ne suis pas loin de penser la même chose.
    En revanche, là où je rejoins la meute, c’est sur le personnage de F. Christophe, il me semble vraiment très bon et juste (à la différence de Lambert Wilson qui est une vraie plaie).

  5. Ségo dit :

    Je me permets un chouilla de pragmatisme..Catholiques – autrement dit, naturellement, nécessairement touchés par cette histoire et le phénomène qu’elle suscite aujourd’hui – n’oublions pas un détail purement culturel : c’est un film français, presque étiquetable « film d’art et d’essai » (d’ailleurs chez moi, à Tours, il ne passe que dans la discrète et recluse salle de ciné des cinéphiles..pas dans les mégaCGR voisins du macdo et du bowling, bizarrement) – le sentimentalisme, qui m’a également quelque peu dérangée, fait, dans notre douce contrée, quasiment partie de la loi du genre!
    Habituellement, il m’agace carrément ; mais dans le cadre de cette représentation, j’avoue qu’il me parait presque essentiel. Il permet de faire de ces moines des hommes de Dieu, certes, mais des hommes avant tout ; leur foi et leur idéal sont profonds mais n’en font « que » d’humbles héros..et non des superhéros tout puissants, 100% maîtres d’eux-mêmes et de leurs peurs, tels que nous en servent à foison les écrans hollywoodiens (pour notre plaisir et notre détente cérébrale, soit dit en passant, c’est leur principal objet, et tant mieux :-)). Là, nous avons de « vrais » hommes et de « vrais » saints tout à la fois. Voilà à mon sens ce que l’on peut voir de beau dans ce choix – très français – de Xavier Beauvois.
    Et j’irai même un tantinet plus loin : c’est peut-être ce choix-là précisément qui permet de rallier à la cause de nos moines – et ce n’était pas gagné! – ceux qui ne connaissent pas/rejettent franchement notre foi et ne peuvent ce faisant spontanément s’esbaudir à la simple vue de religieux priant ou célébrant la messe. Vous allez me dire, si ce n’est que par le sentimentalisme que le message chrétien se transmet, il risque fort de perdre en substance et en profondeur…D’accord. Mais en attendant, c’est un canal de transmission universel (catholique? ;-)) qu’il nous vaut mieux, à mon sens, ne pas trop mépriser si nous voulons garder des occasions de parler du bon Dieu à nos contemporains habituellement peu enclins à Le recevoir.
    X.Beauvois n’a pas failli dans cette tâche : deo gratias!

    • legambrinus dit :

      Après avoir pas mal discuté et réfléchi sur le film je crois que ce qui m’a le plus gêné ce n’est pas le « sentimentalisme » même si il m’a sauté aux yeux dès la fin du film. C’est plutôt le message et les symboles trop « évidents » et qui manquent donc pour moi de profondeur. Le réalisateur nous pousse aux sentiments plus qu’à la réflexion profonde selon moi. En résumé, j’aime chercher dans un film de ce style les symboles ou les messages, quand ils sont trop évidents ça me plaît beaucoup moins. Tans pis pour moi qui n’adhère donc toujours pas à l’ovation collective faite à ce film 🙂

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