La sexualité est-elle une friandise ?

Il m’arrive parfois dans le métro de jeter un coup d’œil discret sur les lectures de mes voisins, sans m’attarder, juste pour comprendre qui j’ai l’honneur d’approcher. Curiosité quand tu nous tiens… Etudiants révisant leurs cours, adeptes des romans en tout genre, parfois même lecteurs recueillis de bible ou de coran ne représentent pas grand-chose face à la foule des « mangeurs » de presse gratuite. Cette pratique me permet de lire ou plutôt de parcourir rapidement les trois journaux principaux de ma ville en un simple mouvement de tête régulier. Or, ce matin, au détour d’un regard je discerne un titre aguicheur : « la sexualité est une friandise ». Il n’en faut pas beaucoup plus à mon esprit pour se brancher sur ce sujet passionnant.

Je m’empare du premier exemplaire qui me tombe sous la main (ou plutôt sous le pied dans mon cas). L’article parle d’une nouvelle BD « Fluide Glacial » qui va sortir, pas beaucoup d’intérêt pour cet interview si ce n’est son titre, citation de l’auteur de BD. Pourtant il y a quelque chose d’intéressant et de profond dans cette phrase, quelque chose qui m’a semblé refléter de manière assez juste la vision de notre société sur la sexualité. En effet, on n’a jamais autant parlé de sexe dans les journaux, les expositions et à la télévision et, pourtant, le sujet n’a plus la même importance qu’avant. Le sexe, objet de tous les débats il y a quelques années lors de la mal-nommée « libération sexuelle », est devenu banal, évident et réduit à une simple pratique presque animale. Le discours sur la sexualité n’a jamais été aussi formaté et finalement aussi dogmatique puisqu’il n’autorise plus aucune discussion ou débat sur un nombre de sujets impressionnants. Vous en doutez ? Essayez donc de proposer un débat « ouvert » sur le préservatif, la pilule ou même la sodomie… Tout est devenu normal, neutre et figé, à l’exception de quelques pratiques « extrêmes » qui donnent l’occasion à certains soixante-huitards militants de se distinguer par de grands manifestes contre la société moralisante et arriérée. Mais quoi de plus normal quand on considère la sexualité comme un loisir, une activité ou… une friandise. Pourquoi donc chercher un sens ou des limites à une activité de plaisir et à ses représentations ?

Seulement voilà, il reste encore des illuminés qui ne veulent pas de ce modèle, dont moi… Quand on se plonge dans la théologie du corps de Jean Paul II ou autres textes « officiels » de l’Eglise (à ce propos, n’hésitez pas à aller faire un tour chez Incarnare), on comprend vite qu’elle donne au sexe bien plus d’importance que ce que la société moderne veut bien lui accorder. Toujours marqués par le jansénisme et son rigorisme moral, beaucoup de catholiques (français en particulier) ont encore du mal à comprendre et à assimiler que le sexe n’a rien d’un péché, bien au contraire. Cette culpabilité en ce qui concerne la « morale sexuelle » n’a pas lieu d’être parce qu’elle signifie qu’on peut encore discuter aujourd’hui du sens de la sexualité et de ses pratiques. Bien plus que des règles, l’Eglise veut donner une importance, une profondeur humaine et spirituelle à la sexualité. On ne peut résumer l’acte sexuel ni à une recherche de plaisir mutuel, ni à un passage obligé pour avoir des enfants. La sexualité est en elle-même un appel au don et à la communion des personnes à la fois physique, mentale et spirituelle. On est bien loin d’un règlement pratique sur ce qu’on a le droit ou non de faire dans le lit conjugal. L’Eglise donne des voies pour donner un sens profond à ce que l’homme et la femme vivent dans leur sexualité. Et si elle semble être parfois complètement à contre-courant de la société parce qu’elle considère qu’aucun acte humain dans le domaine de la sexualité et de la fécondité n’est anodin. Chaque geste posé n’a pas que des conséquences physiques et psychologiques immédiates, il marque et il s’inscrit dans la mémoire pour des années, même bien souvent pour toute une vie, pour le meilleur comme pour le pire.

La sexualité n’est donc pas une friandise, elle est un plat majestueux aux saveurs complexes et variées. Comme en cuisine, personne n’est obligé  de suivre une recette précise, mais il n’est pas non plus interdit d’écouter certains conseils avisés sur les alliances d’aliments qui sublimeront le plat au lieu de le gâcher par ignorance ou précipitation…

 

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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Un commentaire pour La sexualité est-elle une friandise ?

  1. Ségo dit :

    …un plat majestueux qui, par cette singulière profondeur que nous tentons de lui donner, est digne des plus agréables banquets : splendide, mais vécu avec une légèreté comme seule la joie véritable peut en offrir.

    Je m’en faisais la réflexion il y a peu. Maintenant que, justement – merci JP II – la vision catho de la sexualité n’est plus entourée de mille règles culpabilisatrices – à ce sujet en particulier (mais aussi pour une ribambelle d’autres..), NOUS AVONS UNE CHANCE FOLLE d’être chrétiens de nos jours.

    Avec ma tendre moitié, nous rendions visite à l’un de ses amis – franchement libertin, n’hésitant pas à nous taquiner à propos de nos convictions – « ..mais vous vous privez de plaisir, c’est incompréhensible.. » Cher&tendre sourit alors, et commence à expliquer : « ..tu sais, au contraire, nous nous donnons la chance de pouvoir nous échanger librement des gestes de tendresse, sans nous poser de questions, sans craindre un instant qu’ils ne visent à demander quoi que ce soit à l’autre..c’est de l’amour pur, et pas une invitation insistante à aller plus loin.. » Etant assez (trop?) catho-formatée (je l’avoue :-s), je n’avais jamais vu les choses sous cet angle. Ah oui, c’est vrai! Même si ce n’est pas toujours le cas, une jeune femme du XXIième siècle caressée par l’homme qu’elle aime peut avoir en arrière-pensée, alors que ce geste est éminemment beau et plaisant.. »je ne suis pas prête..que veut-il dire par ses gestes, qu’attend-il de moi, et si je dis non?.. » Ou encore, l’homme : « ..si je la caresse, elle va penser que j’en demande trop, trop vite, et va fuir.. » Je venais de réaliser la savoureuse liberté d’expression amoureuse que ces fameux « ingrédients » chrétiens offraient aux jeunes tourtereaux que nous sommes.

    Je me souviens vaguement – impossible de remettre la main sur le texte! – d’un passage de François Varillon (« Joie de vivre, joie de croire » >> joie à lire :-)) dans lequel celui-ci expliquait la différence entre la joie et le plaisir. En rapport avec votre article, le plaisir serait la friandise – cette chose plaisante, frivole, qui écoeure et déçoit rapidement si l’on en abuse, et dont on peut devenir dépendant ; la joie, ce plat majestueux, plus exigeant dans sa réalisation et sa dégustation, mais infini dans ce qu’il offre, inépuisable, épanouissant.François Varillon dit alors que le plaisir fait mourir l’âme à (plus ou moins) petit feu, alors que la joie la nourrit encore et toujours. [Nb : Comme je prends le risque de détacher un morceau d’anthologie de son contexte, je ne voudrais pas qu’il fût mal interprété : ni Varillon, ni moi-même ne condamnons le plaisir, hein! mais simplement l’idée qu’à lui-seul il puisse nourrir l’homme].

    C’est là le paradoxe de la libéralisation sexuelle – nourrie par un immense idéalisme (« peace and love » : ça n’est pas une mauvaise idée, en soi!), elle se coupe elle-même de la joie de l’amour, à laquelle pourtant elle aspire par-dessus tout, en la remplaçant par l’apologie du plaisir pur. Epic fail, comme diraient nos amis les geeks.

    Le tout serait maintenant de parvenir à dépatouiller l’Eglise (et nous-mêmes aussi, parfois, d’ailleurs ?) de sa réputation de ne pas inviter – voire rejeter – le plaisir dans la sexualité. Car il n’en est pas exclu : il est simplement subordonné à une fin supérieure..l’amour humain, humble reflet de l’amour divin.

    Oui, on en a, de la chance.

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