L’hiver : le froid, la neige et… les bières

Ca y est. Il fait froid, tu as ressorti les écharpes et les bonnets, le ciel lillois a revêtu sa belle robe couleur neige bitumeuse et lâche de temps en temps quelques gouttes rafraîchissantes (bon ok, quelquefois on est plus sur une version torrent intarissable…). Si ce n’est pas encore votre tour, ne vous inquiétez pas va va venir. Malgré le réchauffement climatique, le trou dans la couche d’ozone et la fin du monde prévu en 2012 par les picaros ou les aztèques (je ne sais plus très bien) l’hiver revient toujours…

Dans nombre de cerveaux, l’arrivée de la saison hivernale sonne le glas de ce qu’ils considèrent comme la boisson estivale par excellence : la bière (qui a dit le coca ?). Effectivement, celle-ci est quand même très facilement associée aux grosses chaleurs de l’été, quand la température n’autorise qu’une unique activité physique : porter son verre à ses lèvres. Je t’épargne les noms de ces bières qui battent des records de consommation pendant cette période et que je regrouperais sous le terme flatteur de «pils industrielles». Il est en général assez simple de les reconnaître puisqu’il suffit de regarder la température de dégustation de service conseillée. Si la mention indique «boire très frais» ou en dessous de 7°C tu as de fortes chances d’avoir une bière qui n’a aucun autre intérêt que de vous désaltérer. En effet, à ces températures, il est très difficile de sentir quoi que ce soit au nez et en bouche et quelquefois ça vaut mieux… (Si vous en doutez essayez la Kro à 20°C). Plus sérieusement, en été, on préfère généralement privilégier les bières assez légères en alcool, sans trop de corps et avec pas mal d’amertume pour les amateurs du genre, j’y reviendrais l’été prochain… Mais l’hiver met-il fin à toutes ces découvertes ? Le froid range t-il les fûts et les bouteilles au placard ?

Bien sûr que non. C’est le moment ou jamais de découvrir ou de re-découvrir certains trésors brassicoles tout à fait remarquables qui sont bien loin de te rafraîchir et qui  risquent plutôt de te réchauffer pour peu que tes bouteilles soient stockées dans un autre endroit que votre réfrigérateur. C’est le moment par exemple de goûter certaines brunes et de faire disparaître les derniers préjugés sur l’association de la couleur brune de la bière avec le goût très particulier de la Guinness. Je place dans la liste de tes dégustations incontournables, l’indétrônable Chimay bleue ou sa version rouge, souvent plus rare en supermarché, mais tout aussi intéressante, avec un taux d’alcool moindre pour tes amis les moins «résistants». C’est un très bon exemple de bière particulièrement adaptée à la saison hivernale, à déguster à température ambiante ou très légèrement rafraîchie. C’est une trappiste avec un nez à la fois alcoolisé et grillé, une bouche particulièrement riche et dense, épicée, puissante et assez longue, bref parfaite avec tes tartiflettes (ou martiflettes, la version «maroilles» plus nordique),tes raclettes et tes viandes mijotées du dimanche. Pour pousser l’expérience un peu plus loin tu ira chercher une Rochefort 10 (à environ 11,3°, 10 est une mesure de la densité du moût lors du brassage) qui est un véritable délice surtout en cette saison avec un goût plus doux et caramélisé mais une richesse aromatique assez exceptionnelle pour une bière de ce type. Ce côté un peu plus sucré permettra de séduire les palais plus adeptes de douceur que d’amertume sans te faire excommunier par les «houblonneux». Une bière de la paix en quelque sorte… Tu peux ensuite finir la gamme des trappistes belges : Achel, Orval, Chimay, Rochefort, Westmalle et, si tu en trouve, la célébrissime Westvleteren (si tu en as, appelle-moi avant d’ouvrir les bouteilles, j’arrive tout de suite 🙂 ). Les versions élevées en alcool sont sans doute les plus adaptées à cette saison mais rien ne t’empêche de découvrir toute la gamme de ces bières très typées et remarquables.

De manière plus large, l’hiver est l’occasion de déguster la plupart des bières fortes que l’on apprécie plus au coin du feu qu’en plein cagnard estival. L’occasion est venu d’aller découvrir la brasserie Dupont par un de ses must : La «Avec les bons Voeux de la Brasserie Dupont» qui est tout simplement la bière que la brasserie offrait à ses bons clients pour les remercier de leur fidélité à la fin de l’année. Une bière dorée forte, épicée et bien houblonnée mais cependant assez équilibrée : une très belle blonde d’hiver.

Quand vous aurez trouvé et dégusté toutes ces bières, Noël sera là et il faudra se tourner vers les très célèbres et très commerciales (il faut bien le reconnaître) bières de Noël. Tu peux sans crainte te passer de la plupart des marques commerciales qui en général ne changent pas grand chose à leur bière si ce n’est l’étiquette. Par contre, d’autres brasseries de taille plus réduite en profitent pour essayer des recettes parfois surprenantes et très réussies. Je te conseille par exemple cette année, l’Abbatiale de Noël très axée sur le pain d’épice au nez et en bouche sans être trop lourde, l’Angélus de Noël qui est à la hauteur de la réputation de sa brasserie avec un corps important et une belle complexité épicée en bouche. Si tes réveillons se prolongent, n’hésite pas à sortir une Bush de Nuits ou une Rodenbach Vintage qui éblouiront tes invités par la bouteille et le goût particulier de ces bières belges de prestige.

Qui a dit qu’on allait s’ennuyer et déprimer cet hiver ?

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A propos legambrinus

Buveur de bière extrémiste, Optimiste intégriste, Terroriste Papiste... et plus si affinité
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4 commentaires pour L’hiver : le froid, la neige et… les bières

  1. JTM dit :

    Extraordinaire article !! Je sens que je vais dès la sortie du bureau me diriger vers le supermarché du coin…. Ah non, j’ai déjà un afterwork de programmé…..

    Merci quand même pour ces excellents tuyaux !

  2. René de Sévérac dit :

    C’est un article « pousse au crime ».
    Il faudrait terminer l’article par « A consomme avec modération ».
    Je n’ai pas ce vice et suis un buveur de bière de qualité inférieure …
    exclusivement en période de canicule.

    Par contre, 20 g de Roquefort, 20 g de pain et un verre de Bordeaux.
    A chaque repas. Damnation garantie.

  3. Merci pour cet excellent article qui m’a mis l’eau à la bouche! Hélas, je vis en Espagne et mes réserves de bonnes bières, belges ou françaises, sont limitées… Il est temps que je me réapprovisionne!

    Je trouve très intéressante l’idée selon laquelle la bière est soumise à un déterminisme géographique. Ainsi, en Espagne, les bars ne servent que de la pils, c’est-à-dire une pisse d’âne adaptée à un climat chaud. Pourtant, au Pays basque, l’hiver est froid et une bière de fermentation haute serait la bienvenue. À défaut, je prends un verre de vin quand je vais au bar.

    J’étais à Paris la semaine dernière, il faisait froid et c’est donc avec plaisir que j’ai pu retrouver mes bars préférés où l’on servait toujours de merveilleuses pressions: L’Angélus (La Marine, à Montparnasse) ou encore la Carolus d’Or Triple et la Chimay Triple (Aux Trappistes, Châtelet). Un seul regret: les bières de Noël n’étaient pas encore disponibles…

    Encore un mot: félicitations pour votre blog, que je trouve vraiment intéressant.

    • legambrinus dit :

      Merci pour vos commentaires, je suis ravi d’en assoiffer certains…
      Pour ceux qui ne peuvent pas se fournir en local il y a maintenant de très bonnes boutiques en ligne comme « saveur bière » ou l’excellente « brouette de bières »

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